Le B.A.-BA de l'élevage de fourmis

Introduction


En lisant ce guide, vous découvrirez l’immense univers des fourmis.


Nous ne sommes pas rentrés dans les détails car il aurait fallu plus d’un livre pour vous présenter tous leurs extraordinaires modes de vies.


Ce guide vous donnera toutes les notions de base de l’élevage de fourmis et vous présentera la plupart des notions.

Trouver une reine


Qu’est-ce qu’une reine ?

Tout d’abord, il faut savoir que chez les fourmis, il n’y a qu’une ou quelques fourmis (les reines) par fourmilière qui sont capables d’engendrer une descendance. La plupart des fourmis que vous pouvez voir dans la nature sont en fait des ouvrières. Chez la plupart des espèces de fourmis on parle alors de colonie monogyne pour signifier qu’il n’y a qu’une seule reine (« mono », du grec « seul » et « gyne » du grec « femme »). D’autres espèces sont appelées polygynes quand elles peuvent avoir plusieurs reines par colonie. Si on essaie de mettre ensemble deux reines qui fondent des colonies monogynes, elles se battront jusqu’à la mort de l’une des deux reines.

Une reine est donc une fourmi reproductrice qui peut vivre jusqu’à plusieurs dizaines d’années et qui ne se fait féconder qu’une seule fois dans sa vie, lors des essaimages. Elle pourra pondre plusieurs types fourmis : des princesses (futures reines une fois fécondées), des mâles (qui ne servent à rien dans la colonie et qui meurent peu de temps après les essaimages), et les ouvrières.

Les mâles et futures reines possèdent des ailes dès la naissance. Ces ailes leur seront utiles lors de l’envol nuptial qui n’a lieu qu’une seule fois dans leur vie. Les mâles mourront rapidement après s’être reproduis. Les reines maintenant fécondées vont alors atterrir et s’arracher les ailes avant de commencer à s’installer dans un coin sécurisant pour pondre leurs premiers œufs.

Comment reconnaître les reines fourmis

Reconnaître une reine

A ce stade, vous pensez peut-être qu’il sera simple de savoir si vous avez trouvé une reine, car vous vous dites sûrement qu’elle aura des ailes. N’oubliez pas que les reines se les arrachent presque immédiatement après s’être posées sur le sol. Si vous trouvez des reines encore ailées, nous vous conseillons de ne pas les prendre car la probabilité qu’elles soient fécondées est très faible.

Il vous faudra donc réussir à détecter des reines sans ailes, souvent éparpillées dans la nature à côté d’autres espèces de fourmis plus ou moins grandes.

Une reine est généralement (tout dépend des espèces) plus grande que les ouvrières de la même espèce. Un élément principal vous aidera à les reconnaître au premier coup d’œil avec un peu d’entrainement : la taille du thorax qui est bien plus développé.

Une reine : (Remarquez la surélévation du thorax)

Une ouvrière :

Une ouvrière major :

Un mâle (le petit noir), une reine, une ouvrière :

Vous pourrez également vous conforter dans l’idée qu’il s’agit d’une reine en vérifiant la présence de cicatrices ailaires.

Et enfin, toutes les gynes possèdent des ocelles sur le haut de leur tête. Remarquez ces trois petits "boutons" en triangle :

Les ocelles sont des sortes d’yeux que seuls les sexuées (mâles et femelles) possèdent. Il s’agit de trois petits yeux disposés en triangle sur le vertex (partie supérieure au front) qui sont sensibles aux rayons infrarouges, ce qui leur permet de détecter les sources de chaleur.

Identifier le genre et l'espèce de la reine

Une fois une reine trouvée, et si vous n’avez pas encore la capacité de déterminer vous-même de quelle espèce il s’agit, il vous suffira de vous rendre sur le forum, et de faire une demande d’identification : identifications/

Les espèces pour débuter

D’aucuns diront qu’il faut commencer par les espèces basiques par excellence, telles que les Lasius spp. (les fourmis les plus répandues dans le jardin, les fameuses petites « fourmis noires » ou « fourmis jaunes »). Cependant, avec un peu de lecture et si vous avez la fibre de l’éleveur, rien ne doit vous arrêter dans le choix d’une espèce. Le forum est également là pour vous aider si besoin.

Sachez cependant que certaines espèces peuvent peut-être vous déplaire par la lenteur de leur développement à leur début, ou alors leurs besoins alimentaires tels que :

  • Les Aphaenogaster spp. : ces fourmis n’ayant pas de jabot social (sorte d’estomac de réserve permettant de régurgiter par trophallaxie (le « baisé » des fourmis) la nourriture qu’elles ont pu trouver), il faudra leur prévoir un peu de sable afin qu’elles puissent transporter les liquides sucrés à l’intérieur de la fourmilière pour y nourrir la reine et leurs autres congénères.
  • Les Camponotus spp. : vous devez simplement savoir que les espèces du genre Camponotus, bien que souvent impressionnantes et magnifiques sont beaucoup plus longues à se développer. Si vous partez d’une reine seule, il se peut que vous ayez quelques soucis pour les faire fonder.
  • Les fourmis exotiques : celles provenant de l’extérieur de l’Europe. Il vous faudra en apprendre plus sur leurs comportements parfois totalement différents des espèces européennes avant de vous lancer. Certaines demandent de grandes installations pour leur élevage.

Tous ces avertissements ne sont pas là pour vous interdire de commencer l’élevage par ces espèces, faites comme bon vous semble, soyez juste informé des espèces que vous souhaitez élever pour ne pas avoir de mauvaises surprises.

D’autres espèces sont plus pratiques à élever, soit parce qu’elles pardonnent bien les erreurs et catastrophes, soit parce qu’elles se développent rapidement :

  • Crematogaster spp. : il en existe trois espèces en France, mais les plus communes dans les élevages sont les scutellaris. Excepté une fondation très lente, cette espèce souvent surnommée "fourmis as-de-pique" par leur gastre en forme de "pique" connaît ensuite une croissance exponentielle pour peu qu’elles reçoivent assez de protéines animales pour le développement du couvain.
  • Les Messor spp. : ce genre est très apprécié car il s’agit d’un des rares genres granivores qui, de plus, a un développement relativement rapide ainsi que la présence de plusieurs castes (minor, média, major).
  • Lasius spp. : il s’agit de la fourmi la plus commune. Ce genre possède de nombreuses espèces, beaucoup sont dépendantes mais on retrouve beaucoup d’emarginatus, niger et flavus dans les élevages. Ces espèces se remettent bien des problèmes qui peuvent arriver lors d’un élevage (inondations, manque d’humidité, trop forte chaleur ou trop fort froid etc.).
  • Myrmica spp. : ce genre nécessite beaucoup d’humidité mais se développe bien. Ces fourmis sont assez agressives et plutôt grandes (autour de 5-6mm). De plus elles sont polygynes.
  • Tetramorium spp. et Pheidole spp. : de petites fourmis très semblables et au développement rapide. Cependant elles sont assez petites. Les Pheidole spp. ont la particularité de posséder des soldats.
  • Formica spp. : ce genre est souvent représenté par les Formica rufa, ces fourmis des bois qui construisent de grands dômes. Mais il existe bien d'autres espèces (plus petites).

Quand et où trouver une reine

On ne peut pas trouver des reines à toutes les périodes de l’année. De plus, on ne retrouve pas toutes les espèces à côtés de chez soi car elles ne vivent pas toutes dans le même biotope.
  • Sur le forum en vente/don/échange

    Vous pourrez trouver, dans la partie [url=http://www.passionfourmis.com/dons-echanges-ventes/]Dons/Echanges/Ventes[/url], des gynes, petites ou grandes colonies que les membres du forum souhaitent donner, échanger ou vendre. C’est sûrement ici que vous trouverez les meilleures offres.
  • Sur les sites de ventes

    Il existe de nombreux sites de ventes de fourmis sur internet vous proposant toute l’année de grandes variétés de fourmis. Sachez cependant qu’il faudra sûrement y mettre le prix. Il est donc préférable de passer sur le forum faire une demande au préalable. De plus, tous les vendeurs ne sont peut-être pas recommandables (cf. le forum pour en apprendre plus).
  • Dans la nature lors des essaimages

    Bien évidemment, la nature est le lieu premier d’où proviennent toutes les reines que vous pourriez acheter. La recherche de gynes est aussi palpitante que la pêche (il faut être patient). Vous pouvez tomber sur des essaimages en pleine ville, dans votre jardin, dans la forêt, dans les champs, près des chemins… Les essaimages ont lieu du printemps à l’automne, souvent lorsque le temps est lourd, avant ou après une légère averse. En effet, la pluie chasse les oiseaux, donnant ainsi plus de chance aux futures reines de survivre un peu plus longtemps. De plus la terre sera un peu plus meuble, permettant aux reines de creuser leur chambre de fondation. Les meilleures heures pour tomber sur un essaimage sont entre 15h et 22h. Ces informations ne sont que des moyennes et vous pourrez très bien tomber sur des essaimages à d’autres périodes, lors de temps différents et à des heures plus tardives ou plus matinales.
  • Le prélèvement dans la nature

    Le prélèvement est un autre moyen de trouver des reines. D’aucuns vous diront qu’ils surnomment cela du "pillage" afin d’y montrer une connotation immorale. Mais ce ne serait pas la première fois que les hommes se servent dans la nature. Tout le monde a sûrement déjà utilisé de l’anti-fourmis ou détruit de nombreuses colonies en faisant son jardin, quid des constructions de bâtiments, de routes, etc. ? Le prélèvement dans la nature est donc un moyen plus ou moins risqué de trouver des reines qui ont déjà fondé une colonie. Ne cherchez pas à creuser un nid pour espérer tomber sur la reine, il n’y a quasiment aucune chance que cela arrive. Les nids sont souvent profonds et la ou les reines sauront fuir dans le lieu le plus sûr. De plus, la terre risque de les écraser. La seule façon possible de trouver des reines par prélèvement et de soulever quelques pierres, parfois, surtout dans une journée ensoleillée, vous pourrez trouver les reines en train de se réchauffer en dessous.

La fondation


Maintenant que vous possédez une reine, vous devez lui trouver son premier logement pour qu’elle puisse fonder sa colonie.
  • Utilisation des tubes à essai

    La grande majorité des fondations se font à l’aide de tubes à essai. Ils ne sont pas chers et sont disponibles sur de nombreux sites. La taille de "base" est un tube de 16*160mm. La plupart des espèces ont besoin d’une bonne hygrométrie (présence de vapeur d’eau dans l’air), ce que vous pourrez leur offrir grâce à la réserve d'eau. Remplissez le tube à essai d’eau jusqu’à la moitié environ. Enfoncez-y un morceau de coton que vous aurez tassé (il faut qu’il soit serré afin de ne pas laisser l’eau passer. En effet, au fil du temps le coton peut se délasser un peu et les fourmis vont sûrement en arracher de petits bouts, il faut à tout prix éviter l’inondation). Vous pourrez ensuite placer votre reine à l’intérieur, puis refermez à l’aide d’un coton moins serré afin que l’air puisse circuler.
  • Les modules de fondations

    Vous pourrez également construire (ou acheter) des modules de fondations. Ce sont en fait de micro-nids composés d’une ou deux petites salles au maximum. Il faut éviter en général de donner un espace trop grand à une gyne seule, elle a besoin de se sentir en sécurité et donc plus ou moins serrée.
  • Les différents types de fondations

    Toutes les espèces ne sont pas identiques sur la façon de fonder une colonie, on peut distinguer trois grandes classes :
    • Claustrale

      Les fondations dites claustrales signifient que la reine va vivre sur ses réserves pendant le développement de la première génération d’ouvrières. Elle pourra pondre des œufs trophiques afin de se nourrir ou de nourrir ses larves une fois qu’elles seront arrivées. Il ne sera donc pas nécessaire de nourrir cette reine tant que les premières ouvrières ne seront pas nées.
    • Semi-claustrale

      Les fondations semi-claustrales sont en fait les fondations des gynes qui, dans la nature, sortent chercher un peu de nourriture pendant la fondation. Vous devrez donc nourrir votre gyne dès que vous l’obtiendrez.
    • Fourmis dépendantes

      Les fourmis à fondations dépendantes ont besoin de parasiter une colonie déjà existante de la même ou d’une autre espèce. Ce genre de fondation est relativement compliquée à réaliser car il faut pouvoir apporter du couvain à la reine, voire parfois mettre la reine dans une colonie déjà existante d’une autre espèce pour qu’elle en prenne possession (la mort de la gyne d’origine sera alors programmée).

La nourriture


Comme tous les animaux, les fourmis ne vivent pas seulement d’amour et d’eau fraîche (quoi qu’on en dise), il faudra donc les nourrir. Heureusement les quantités restent minimes la plupart du temps.

  • Les besoins des fourmis

    Tous les animaux ont besoin de glucose pour vivre, car c’est l’énergie de base des êtres vivants. Mais les protéines, constituées d’acides aminés sont également très importantes. Elles auront également besoin, à des micro-doses de minéraux et d'oligo-éléments (que l’on retrouve dans la nourriture en général).
  • Les graines

    Si vous vous souvenez bien, nous avons déjà parlé de fourmis granivores. Nous n’avons que deux genres granivores en France, dont une qui l’est totalement. Le genre Messor se nourrit exclusivement de graines. Les graines sont constituées d’amidon, un polysaccharide. Elles fabriquent alors du "pain de fourmis". Les majors chez ce genre servent principalement à casser les grosses graines grâce à leur tête plus grosse, donc plus musculeuse, capable de donner plus de force à leur pince constituée des deux mandibules. Les fourmis du genre Pheidole peuvent également se nourrir de graine, mais elles ne sont pas particulièrement douées pour les casser. Ce ne sera donc pas leur nourriture première.
  • Les liquides sucrés

    La grande majorité des espèces que vous aurez (sauf si vous ne prenez que des espèces du genre Messor) auront besoin de liquides sucrés. A vous de faire varier vos préparations en fonction des goûts de vos fourmis. Voici quelques idées de mélanges sucrés :
    • Eau/lait + miel
    • Eau/lait + sucre
    • Eau/lait + sirop (fraise, framboise, etc.)
    • Eau/lait + sucre de canne liquide
    Essayez de donner du lait de temps en temps dans vos préparations pour ajouter au liquide quelques protéines, minéraux et oligo-éléments qui y sont présents (attention, le lait ne se garde pas longtemps si vous en faites d’avance. Le miel est également riche en minéraux et oligo-éléments.
  • Les protéines

    Les protéines peuvent être données via le lait ou des morceaux de viandes que vous pourrez donner à tous les genres (les Messor sont granivores mais ont également besoin d’un apport en protéines qu’elles trouvent en ramenant des insectes qu’elles mangeront). Vous pourrez donc proposer à vos colonies des mouches, des vers de farine, des sauterelles, des araignées, des grillons etc. Il est souvent conseillé de congeler au moins 48h la nourriture "vivante" afin d’éliminer tous parasites. Cependant, vous pourrez sans grand danger donner directement cette nourriture vivante (ou morte) à vos fourmis. Le fait de donner des insectes vivants à vos fourmis pourra vous permettre des le voir chasser, ce qui peut être très intéressant à observer. Attention à ne quand même pas donner d’animaux vivants à vos fourmis quand elles ne sont pas assez nombreuses, au risque de voir l’animal tuer vos fourmis et surtout tuer votre reine.

De nombreuses fourmis possèdent un jabot social. Le jabot social est un deuxième estomac permettant de stocker de la nourriture prédigérée qu'elle pourra ensuite donner à la reine, à d'autres ouvrières ou aux larves. Si l'ouvrière manque de nourriture, elle pourra puiser dans son jabot social pour se nourrir. L'acte consistant à régurgiter cette nourriture à une autre fourmi est appelé la trophallaxie.

Chauffage


Quand et pourquoi chauffer

Certaines espèces, exotiques et endémiques ont besoin d’être chauffées à une certaine température si vous voulez qu’elles se développent. Bien que certaines pourront se satisfaire d’une température ambiante, il peut être important, voire primordial pour d’autres d’être correctement chauffées. La plupart des colonies se développent à une température comprise entre 20 et 30°C. Il existe trois grandes façons de chauffer des colonies :

  • Les cordons chauffants :

    ils peuvent être pratiques pour entourer une fourmilière.
  • Les tapis chauffants :

    ils peuvent être utilisés pour les fourmilières mais peuvent être très pratiques pour les fondations en tube (d’autant que cela permet d’en chauffer plusieurs à la fois). Cependant, il faut bien veiller à ne jamais mettre la réserve d’eau au dessus du tapis chauffant si vous ne voulez pas obtenir une forte condensation à l’intérieur du tube au risque de noyer vos ouvrières, votre couvain et au final votre reine.
  • La lampe de bureau :

    après avoir bien étudié la distance souhaitable de l’ampoule par rapport au nid, vous pourrez très bien chauffer vos tubes ou votre fourmilière grâce à une simple lampe de bureau.

Pensez cependant à couper le chauffage (ou à diminuer la température) afin de garder un rythme normal à vos fourmis (dans la nature il fait toujours plus frais la nuit). Le vieillissement de vos fourmis est lié à la température. Plus elles seront exposées longuement à de fortes températures, plus vite elles vieilliront. (Les fourmis, contrairement aux êtres humains, ne peuvent pas réguler leur température interne et sont donc totalement dépendantes de la température de maintien).

Diapause


Quand et pourquoi faire une diapause

L’hivernage (c’est-à-dire le passage au froid d’une colonie) est à différencier de la diapause (c’est-à-dire un arrêt de développement du couvain, une baisse de consommation de nourriture et un arrêt de la ponte). On parle donc de diapause ovarienne quand la gyne ne pond plus.

Faire passer un hivernage à vos fourmis peut être important pour certaines espèces, alors que d’autres peuvent très bien s’en passer. Le mieux est de se renseigner préalablement sur l’espèce que l’on maintient, principalement en regardant les fluctuations de températures en fonction des saisons de là où la gyne est originaire.

On peut remarquer deux grands types de fourmis :

  • Les fourmis homodynamiques :

    ce sont les fourmis qui n’ont pas besoin de diapause. Souvent ce sont celles qui viennent de pays tropicaux et qui ont fini, dans le temps, par se retrouver dans les climats tempérés (comme en France).
  • Les fourmis hétérodynamiques :

    ces fourmis ont une diapause. On retrouve deux grandes catégories de fourmis hétérodynamiques :
    • Les fourmis exogènes-hétérodynamiques :

      la diapause est la résultante de la baisse de la température extérieure et n’est donc pas totalement obligatoire.
    • Les fourmis endogènes-hétérodynamiques :

      la diapause n’est pas dépendante de la température. Vos fourmis rentreront en diapause par elles-mêmes. C’est par exemple le cas des Formica. Les gynes Formica se trouvent principalement de juin à août. Elles font une à deux générations d’ouvrières, puis dès septembre elles arrêtent de pondre. C’est le début de leur diapause.

L’hivernage peut se faire en mettant vos colonies dans un sous-sol (une cave si vous en avez une), ou alors dans un bac à légume d’un frigo. Attention, les températures doivent tourner autour de 10°C afin de ne pas mettre en péril vos fourmis. Il y aura certainement quelques ouvrières mortes à la sortie de la diapause, ne vous inquiétez pas, c’est tout à fait normal.

Les nids


Comment déménager des fourmis ?

Le déménagement de fourmis est souvent une affaire assez compliquée. Certaines comprennent rapidement ce qu’on attend d’elles, quand d’autres ne bougeront pas, quoi qu’on leur fasse.

Plusieurs techniques peuvent être utilisées :

  • Mettre le nouveau nid dans le noir complet et exposer l’ancien où se trouvent toutes vos fourmis en pleine lumière.
  • Chauffer le nouveau nid et ne pas chauffer celui où vos fourmis se trouvent, elles iront alors dans l’endroit le plus chaud si la chaleur est importante pour l’espèce en question.
  • Y aller en mode "brute force" en démontant le nid où elles se trouvent et en versant - délicatement - les fourmis dans une boîte dans laquelle se trouve leur nouveau nid. C’est la méthode qu’il vaut mieux réserver en dernier recours car elle peut engendrer rapidement des mortes, des évasions et beaucoup de stress pour les colonies. Prenez un pinceau pour récupérer le couvain.

Anti évasions

Lorsque vos fourmis seront installées dans un nid il sera primordial de rajouter une couche d’anti-évasion autour de votre AdC (Aire de Chasse), sauf si vous comptez partager tout votre logement avec vos nouvelles pensionnaires. Il existe plusieurs types d’anti-évasions :
  • L’huile minérale :

    elle fonctionne pour les plus grosses espèces (Messor, Camponotus etc.) mais s’avère un peu moins efficace avec les fourmis plus légères (Crematogaster, Lasius, Myrmica etc).
  • L’huile de paraffine :

    elle semble la plus efficace de toutes les huiles.
  • Le fluon :

    le fluon est également très puissant, cependant avec sa couleur blanche, il peut paraître moins esthétique.

Les différents types de nids

La construction de nid doit pouvoir laisser libre cours à votre imagination. Vous pouvez tout vous permettre du moment que vous respectez les besoins de votre espèce : taille des salles, taille de l’aire de chasse, humidité etc. Vous trouverez actuellement 3 grandes catégories de nids, mais rien ne vous empêche d’inventer le futur type de nid révolutionnaire !
  • Les nids en béton cellulaire (BC ou ytong) :

    c’est le type de nid le plus pratique à faire, le plus facile, le moins cher, le plus rapide. Cependant l’esthétique du béton cellulaire peut déplaire à plus d’un.
  • Les nids en plâtre :

    que ce soit en plâtre de Paris ou en plâtre résiné, vous pourrez mouler de nombreuses sortes de nids. Ils sont cependant parfois fragiles et résistent mal à l’humidité.
  • Les nids en plexiglas :

    ils sont très pratiques pour observer les fourmis grâce à la transparence du plexi. Cependant, il s’agit d’une matière difficile à découper proprement et assez onéreuse.

Les espèces endémiques et exotiques


Généralement, après avoir fait le tour des principaux genres indigènes, la plupart des éleveurs aiment se lancer dans l'exotique. J'entends par là, élever des espèces non présentes sur notre territoire métropolitain.

Dans le monde, il existe pour le moment plus de 12 500 espèces répertoriées et peut-être autant encore inconnues. Il y en a de tous types : des champignonnistes telles que les Atta et les Acromyrmex, des fourmis pot-de-miel avec les Brachymyrmex ainsi que les Myrmecocystus pour ne citer qu'elles, et encore bien d'autres tout aussi intéressantes comme les ponérines.

Myrmecocystus :

Les plus appréciées et les plus répandues en élevage sont certainement les fourmis du genre Camponotus avec notamment, les magnifiques Camponotus maculatus originaires d'Afrique. Les représentantes des Camponotus ont la particularité d'être très grandes, ce qui facilite l'observation, avec un développement beaucoup plus rapide et une diapause nettement plus courte par rapport à nos indigènes. La plus grande espèce du monde fait d'ailleurs partie du genre, les Camponotus gigas. Ces dernières sont très très rares dans l'élevage (car très fragiles, et compliquées à faire fonder) et à notre connaissance personne n'a jamais réussi à maintenir une colonie sur le long terme.

Pour revenir aux fourmis champignonistes, ces fourmis portent leur nom d'une symbiose qu'elles ont avec un champignon communément appelé fungus. Ces deux espèces ont tellement évolué ensemble qu'elles ont perdu la capacité de survivre seules. Elles forment de très grandes colonies dans la nature, certains ont déjà sûrement vu ou entendu parler des fameuses autoroutes de fourmis transportant morceaux de feuilles, de tiges, par milliers, ayant un impact nettement plus important que les mammifères présents sur le milieu. En élevage, elles sont assez présentes de par leur réputation mais il est impossible de posséder une colonie de taille similaire à celle qu'on trouve dans la nature, cela nécessiterait une installation gigantesque.

Atta et fungus :

Il y a également beaucoup de ponérines comme les Pachycondila, les Odontomachus et Paraponera qui sont très intéressantes dans leurs comportements et morphologies. Elles sont considérées comme primitives. Les Odontomachus ont la capacité d'ouvrir leurs mandibules à 180° et de rester ainsi un long moment sans bouger en attendant une proie. Lorsque celle-ci passe à proximité, les mandibules se referment avec une telle vitesse qu'elle n'a pas le temps de réagir. Ces fourmis peuvent être projetées à plusieurs centimètre de haut et de distance lorsqu'elles referment leurs mandibules contre une paroi. Cela permet également de rejeter les intrus à bonne distance. Certaines referment leurs mandibules à une vitesse supérieure à 230 km/h. Les Paraponera clavata possèdent la piqûre la plus douloureuse du règne animal. La douleur serait assimilée à une balle de fusil d'où son surnom de Bullet Ant. D'après Chmidt, ayant essayé énormément de piqûres du monde, la seule chose dont on aurait envie après s'être fait piquer par cette espèce, c'est de s'allonger et de mourir.

Odontomachus :

Malheureusement, l'élevage de ces fourmis exotiques peut comporter des risques pour votre entourage (dans le cas des Paraponera) ou pour la biodiversité avec des espèces devenant envahissantes. Certes des Camponotus sp. ont beaucoup moins de chance de devenir un jour invasives, mais il vaut mieux toujours être attentif et conscient des dangers. Les fourmis sont également souvent vecteurs de pathogènes de toutes sortes pouvant causer des maladies potentiellement dangereuses.

Les problèmes sanitaires


Les acariens

Ces arthropodes appartenant à la classe des arachnides (qui ne sont pas des insectes !) ont un régime très varié. Ceux qui nous intéressent et que l'on cherche absolument à fuir sont généralement détritivores c'est-à-dire qu'ils mangent tout ce qui passe à portée de leurs pièces buccales. Il est donc préférable, si l'on donne à nos jeunes colonies un insecte mort, de le passer au congélateur environ 48h afin de tuer tous les acariens susceptibles de se développer sur son cadavre. Néanmoins pour certaines espèces, il faudra leur donner des insectes vivants, ou fraîchement tués. Dans ce cas, la prévention doit être maximale. En effet, dès lors que les fourmis ont laissé leur proie, il faudra le plus tôt possible la retirer de leur tube ou aire de chasse. Si, par malchance la proie commence soit à se décomposer grâce à ces petits prédateurs blancs/jaunes, il faudra rapidement changer de tube la colonie. Car, une fois que vous aurez sorti le cadavre, il arrive assez souvent qu'une partie des acariens restent dans leur tube, et s'attaquent à la première chose sans défense et qui plus est source de protéines : le couvain. Œufs, larves, tout y passe ! Et cela peut fortement retarder la croissance de votre colonie, voire la vouer à une mort certaine. Afin de ne pas voir votre colonie mourir rapidement il faut donc respecter quelques principes de bon fonctionnement :

  • Tout d'abord essayer le plus possible de donner des proies mortes qui ont subi un passage de 48h au congélateur
  • Si vous donnez de la nourriture surveillez bien son évolution, afin de la sortir si elle commence à pourrir ou si des petits acariens se baladent autour.
  • Ne pas mettre vos colonies près de vos élevages nourriciers.
  • Être très vigilant et bien surveiller toutes ses colonies.

Les moisissures

Les moisissures se développent souvent après la putréfaction d'un aliment : que ce soit un insecte ou de la nourriture. C'est un phénomène tout à fait naturel, mais qui dans nos environnements totalement clos n'est pas le bienvenu. Il existe des recettes de "grand-mère", afin d'éviter ce genre de problèmes, mais pour le moment aucune solution miracle n'a été trouvée. Pour éviter ce genre de déconvenues, il faut simplement veiller à respecter quelques principes de base. Tout d'abord, il faut essayer d'avoir un accès à la nourriture que l'on a donnée, afin que si elle vienne à pourrir, on ait la possibilité de la sortir. Ensuite, il ne faut pas trop en donner, car trop signifie généralement pourriture. Alors certes, cela dépend surtout de la taille de la colonie, du couvain, au final du nombre d'ouvrières présentes dans votre colonie. Mais il faut savoir qu'une grosse colonie pourra aisément se permettre d'avoir des ouvrières qui nettoient entièrement le nid en sortant les divers déchets, alors qu'une petite colonie privilégiera l'entretien du couvain et la protection de la gyne par exemple. Tous les aliments sont susceptibles de pourrir. Le mieux reste de les leur donner dans l'aire de chasse . En effet, si la colonie a assez d'ouvrières, elles ramèneront ce qu'elles pourront dans leur nid/tube. Par conséquent, ce qu'elles ramèneront, en règle générale, pourra être ressorti. Il est donc important de faire attention à ce que l'on donne à nos fourmis, car cela peut avoir un effet à double tranchant et peut soit faire croître la colonie, soit la faire dépérir.

Les questions courantes


Ma gyne est morte, pourquoi ?

Plusieurs causes peuvent entrainer la mort de la gyne tout au long de sa vie :

  • Elle peut avoir été blessée par vous-même lors de sa récolte, par d’autres animaux lors du vol d’essaimage ou attaquée au sol pendant sa recherche de cache pour fonder.
  • Certaines espèces sont sujettes à un très grand stress, elles peuvent ne pas fonder sans calme total et finir par dépérir : Certaines Messor, Formica par exemple.
  • Vous avez ramassé ou acheté une gyne à fondation dépendante ou semi claustrale (cf. chapitre II), dans ce cas sans apport nutritionnel, peu d’espoir. Pour la fondation dépendante par parasitage, le décès peut être très rapide si ce parasitage n’intervient pas rapidement, quelques jours pour Chtonolasius par exemple. De là l’importance d’identifier votre gyne avant de vous lancer dans l’aventure.
  • Si vous avez prélevé une gyne seule sous un caillou dans une fourmilière déjà développée, il y a peu de chance qu’elle puisse fonder à nouveau une colonie depuis zéro. Il y a une grande probabilité qu’elle n’y survive pas : ses réserves nutritionnelles ne le lui permettront pas.
  • Elle peut être contaminée par différents parasites, du simple acarien, au champignon le plus virulent, dans ce cas la présence d’hyphes (filaments blancs) vous donnera la réponse.
  • Durant sa vie, elle peut être exécutée par ses ouvrières, les causes sont multiples et pas forcément bien connues : mauvaises conditions de maintenance de votre part, gyne montrant des signes de faiblesse ou malade, blessure au sein du nid, ouvrières issues de boost…

Mes ouvrières meurent, pourquoi ?

  • La première génération d’ouvrières, plus petite en général, n’a pas l’espérance de vie des générations suivantes. On considère qu’un an environ est la moyenne constatée, une mortalité semblant anormale à cette période, ne l’est pas.
  • Les petites espèces peuvent s’engluer dans le miellat ou autre repas collant.
  • Il a été recensé des comportements et morts inexpliquées avec certains modèles de nids en plexiglas, notamment ceux du commerce : Une désinfection et nettoyage méticuleux semblent obligatoires avant leur utilisation.
  • L’utilisation de bombes quelconques, désodorisant et autres produits sous pression peuvant contenir des produits nocifs pour vos protégées.
  • La nourriture donnée peut contenir des pesticides, peut ne pas convenir, ou plus simplement n’est pas donnée en quantité suffisante.
  • Vos ouvrières peuvent être parasitées comme votre gyne, par exemple en offrant des proies elles-mêmes parasitées.

Ma gyne n’enlève pas ses ailes, pourquoi ?

  • Il y a de très grandes chances qu’elle n’ait pas été fécondée, dans ce cas, elle ne fondera pas de colonie : si au bout de quelques jours elle ne les a pas arrachées, on peut considérer qu’elle ne s’est pas accouplée.
  • Il existe quelques exceptions cependant, quelques éleveurs ont relaté des exemples de fondation réussies avec des gynes encore ailées par exemple avec des Camponotus vagus.

Ma gyne ne pond pas, pourquoi ?

  • La gyne a été récoltée à l’automne (voir les fiches), elle va devoir effectuer sa diapause avant de lancer la fondation. Un passage au froid progressif est donc indispensable.
  • La gyne porte (ou pas) encore ses ailes, elle n’a donc pas été fécondée.
  • Elle vit un grand stress dans les conditions de maintenance que vous lui offrez : vibrations sur un bureau, bruit ambiant, trop forte luminosité…
  • Enfin certaines espèces sont plus délicates à faire fonder : certaines Messor, Crematogaster par exemple.

Qu’est-ce que le boost ?

  • A ne pas confondre avec le don de cocons aux fondations dépendantes.
  • Il est tentant de donner à une gyne des œufs, cocons ou nymphes de la même espèce ou très proche. Le but est d’obtenir une petite colonie très rapidement. Mais c’est jouer avec le feu : les ouvrières risquent de se retourner contre leur "mère" adoptive, et l’achever.
  • Il est fréquent d’entendre dire que cette pratique est utilisée dans le commerce des fourmis.
  • Dans certains cas, tentative de sauvegarde d’une colonie ayant perdu sa gyne, ou gyne ayant raté sa fondation (espèces à stress notamment), cette pratique s’apparentant au boost peut fonctionner.

Le développement de mon couvain est deux fois plus long que la normale, pourquoi ?

  • Vous devez savoir en premier si vous avez les bonnes infos sur la colonie que vous faites fonder.
  • Le premier couvain de votre gyne dépend entièrement de l’attention qu’elle y porte et des conditions que vous apportez, vous devez donc être dans la zone de température et hygrométrie nécessaire à l’espèce.
  • En cas de colonie déjà fondée, l’un des paramètres cités n’est pas bon, ou tout simplement l’apport nutritionnel est insuffisant.

Comment faire quand je pars en vacances ?

  • Pour des fondations en tube sans ouvrière, peu de soucis puisque la reine vit sur ses réserves. Prévoir un peu de nourriture si vous pensez que les ouvrières arriveront pendant vos vacances.
  • Pour des fondations en tube avec ouvrières, avec ou sans AdF (Aire de Fourragement), il faut s’assurer qu’elles pourront au moins s’abreuver : soit par la réserve d’eau du tube si elle existe encore, soit dans l’AdF avec un petit récipient rempli de coton ou assimilé baignant dans l’eau pour éviter les noyades.
  • Pour vos nids, le grand minima est identique : de l’hydratation à disposition. Mais il est plus que conseillé de faire visiter votre appartement par une connaissance, ou encore mieux de transporter les colonies qui peuvent l’être chez vos amis.
  • Pour la nourriture, pensez à donner des gelées que vous aurez pu confectionner car elles peuvent durer longtemps avant d'être entièrement sèches ou entièrement mangées.

Quelle est la taille d'une colonie ?

  • Il faudra se reporter aux fiches des différentes espèces, mais l’on peut dire que l’amplitude est énorme ; d'une centaine d'individus vivants dans un gland par exemple, à plusieurs millions en cas de super colonie.
  • En captivité, on a tendance à dire que la colonie s’autorégule en fonction de l’espace disponible. L’expérience montre que ce n’est pas réellement le cas, et l’on se trouve à devoir changer de nid au cours de l’évolution de la colonie. Toutefois de très grandes colonies de plus de 10 000 fourmis sont rares en captivité.

Combien de temps prend un œuf pour devenir une ouvrière ?

  • La durée de métamorphose de l’œuf à l’ouvrière est, en premier lieu, directement liée à l’espèce.
  • Pour connaître la durée spécifique de l’espèce qui vous intéresse, il faut donc se reporter à la fiche élevage adéquate.
  • Les paramètres moyens que vous aurez relevés pour votre espèce seront influencés par vos conditions de maintenance ; au plus près des exigences de températures, hygrométrie… vous obtiendrez une croissance sensiblement identique au milieu naturel.

Ce tutoriel est un travail collectif des membres de ce forum : Alkinne, Heydax, marco83, Matthieu, Papoose et telepat. Il a été complété et mis en forme par Zat